C'est la première fois que je sors depuis la mort de Caitlin. Un an s'était écoulé. Je vis chez Théodore, à la frontière entre la Suisse et la France. Pendant plus d'un mois, je n'arrivais pas à dormir. Caitlin me hantait. Et quand je réussissais à dormir, j'assistais encore une fois à sa mort. Je passais la quasi totalité de mes journées enfermée dans ma chambre. Théodore me laissait tranquille. Ma relation avec lui s'était détériorée. Je ne parlais plus. Il ne cherchait pas à me faire parler. Il comprenait ce dont j'avais besoin. Je ne l'aimais plus comme avant. Je l'aimais toujours mais je le considérais comme mon meilleur ami, comme mon grand frère. Je n'avais plus de passé, du moins, j'essayais de l'oublier même s'il y avait eu de bons souvenirs. Mais c'était trop douloureux. J'ai recommencé à parler dès le mois d'avril 2009.
A la mi-mais, Théodore m'a obligé de sortir. Il m'a demandé d'acheter du pain. J'ai soupiré et je l'ai écouté. Et je suis sortie dans la ville pour aller au magasin le plus proche. Celui-ci était à quinze minutes de chez Théodore.
Je marche dans la rue. J'avance lentement, prête à faire demi-tour au moindre truc anormal. Je vis un arrêt de bus. Mon coeur se serra. Je ne suis pas encore prête pour prendre le bus. Je continue d'avancer.
J'arrive enfin au magasin. Je me balade dans les rayons en essayant de me familiariser avec les produits. J'attrape une baguette de pain et je commence à traîner dans les rayons.
Alors que j'étais au rayon papeterie, quelqu'un me dit:
«Tiens, Cécile! Alors comment vas-tu? »




